Donald Trump dans la tourmente du FBI

Le moment choisi par le président américain pour limoger le directeur du FBI James Comey soulève les interrogations.

Il faut reconnaître à Donald Trump une constance : sa capacité à ajouter du trouble à des situations déjà compliquées. Il en a apporté une nouvelle fois la preuve ces derniers jours, à propos de la controverse liée au limogeage brutal du directeur du FBI, mardi 9 mai. Interrogé par la chaîne américaine NBC jeudi 11, le président a porté un coup définitif à la thèse jusqu’alors défendue par la Maison Blanche pour justifier le renvoi de James Comey. Avant de menacer à mots à peine couverts ce dernier vendredi matin, dans un message publié sur son compte Twitter.

Mardi, le porte-parole de la Maison Blanche, Sean Spicer, avait mis en avant une initiative du ministère de la justice dont le président n’aurait été que l’exécuteur. Selon ses dires, M. Trump avait pris connaissance un jour plus tôt de critiques de l’attorney général des Etats-Unis, Jeff Sessions, et de son adjoint, Rod Rosenstein. Ces critiques portaient sur la gestion, contestée, d’une enquête de 2016 visant l’adversaire démocrate de M. Trump à la présidentielle, Hillary Clinton. Le président avait officiellement limogé M. Comey sur cette base, étayée par un mémo daté du 9 mai et rédigé par M. Rosenstein. Ce dernier, présenté par M. Spicer comme le principal instigateur de l’éviction, n’avait été confirmé dans ses fonctions d’adjoint que deux semaines plus tôt.

Mercredi, la porte-parole adjointe, Sarah Huckabee Sanders, avait ensuite esquissé une autre piste en dépeignant un président décidé, « dès son élection », à se passer des services du directeur de la police fédérale. M. Trump a renchéri jeudi. « J’allais le limoger quelles que soient les recommandations. C’est un frimeur, un m’as-tu-vu », a-t-il assuré, ajoutant que la police fédérale était depuis un an « dans la tourmente » par la faute de M. Comey.

Le moment choisi par le président pour mettre un terme aux fonctions du directeur, nommé en 2013 pour dix ans, soulève les interrogations, y compris au sein du Parti républicain, compte tenu de l’enquête conduite par le FBI à propos d’éventuelles collusions entre les responsables des piratages informatiques imputés à la Russie et des membres de l’équipe de campagne de M. Trump. Jeudi, celui-ci n’a rien fait pour les dissiper.

« En fait, quand je me suis décidé, je me suis dit : ce truc avec la Russie, Trump et la Russie, c’est une histoire inventée, c’est un prétexte avancé par les démocrates pour expliquer leur défaite à une élection qu’ils auraient dû remporter », a-t-il ajouté. Le président a semblé ainsi remettre en cause une nouvelle fois la réalité d’une interférence russe dénoncée dès le mois d’octobre par le renseignement américain.

Deux versions d’un même dîner

Au cours du même entretien, M. Trump a été invité à revenir sur une phrase de la lettre remise à M. Comey pour lui signifier la fin de sa mission. Le président s’y félicitait que le directeur de la police fédérale l’ait assuré « à trois reprises », selon sa version, qu’il n’était pas concerné par l’enquête en cours. M. Trump aurait reçu ces garanties, selon lui, lors d’un dîner qu’il a présenté comme sollicité par M. Comey.

« Il voulait rester le chef du FBI et j’ai dit que j’y réfléchirai », a raconté le président. « Et, ce jour-là, il m’a dit que je n’étais pas visé par une enquête, ce que je savais déjà de toute façon. » Le sujet serait revenu entre les deux hommes à l’occasion de deux conversations téléphoniques. « J’ai dit : si c’est possible, pouvez-vous me dire s’il y a une enquête sur moi ? Il a dit qu’il n’y avait pas d’enquête sur moi », a assuré M. Trump.

Ses explications n’ont cependant pas emporté l’adhésion. Le New York Times, régulièrement pris à partie par le président pour une couverture jugée biaisée, a d’ailleurs publié dans son édition de vendredi un autre récit du dîner, selon lequel M. Trump aurait demandé la « loyauté » du directeur du FBI. Ce dernier, toujours selon l’enquête du quotidien, aurait refusé de prendre cet engagement, assurant en retour le président de son « honnêteté ». M. Trump a contesté ce récit, vendredi soir, dans un entretien à la chaîne Fox News.

L’article du New York Times, repris dans les matinales des chaînes d’information – dont M. Trump est un téléspectateur assidu –, a suscité une nouvelle ire présidentielle. Cette dernière s’est traduite par un message menaçant, publié sur le compte Twitter personnel du président. « James Comey ferait mieux d’espérer qu’il n’existe pas de bandes [enregistrées] de nos conversations avant qu’il ne commence à faire des révélations dans la presse ! », a-t-il grondé.

Un air de déjà-vu

Les nombreuses « fuites » qui alimentent les journalistes américains depuis l’arrivée du candidat républicain à la Maison Blanche sont régulièrement dénoncées par la nouvelle administration, qui invoque l’existence d’un « Etat profond » démocrate installé au cœur de l’appareil fédéral. Le fait de suggérer qu’une conversation avec le président pouvait être enregistrée a cependant ravivé un souvenir douloureux de l’histoire politique américaine : les bandes secrètement réalisées par le président républicain Richard Nixon. Leur découverte n’avait pas peu contribué à la chute de ce dernier, en 1974, dans le scandale du Watergate. L’éviction de M. Comey avait déjà provoqué une comparaison avec cette même période du fait du parallélisme établi par les détracteurs de M. Trump avec le limogeage d’un procureur spécial par M. Nixon.

Interrogé à de multiples reprises sur le sujet lors du briefing quotidien de la presse à la Maison Blanche, Sean Spicer s’est gardé de démentir ou de confirmer l’existence de tels enregistrements. Le porte-parole a répété laconiquement la même formule énigmatique : « Le président n’a rien d’autre à ajouter », niant toute forme de menace. Dans la journée, M. Comey a fait savoir qu’il déclinait l’invitation adressée par la commission du renseignement du Sénat de venir s’exprimer à huis clos le 16 mai.

En mars, au lendemain de la révélation de contacts de proches du président, y compris du futur attorney général, avec l’ambassadeur russe à Washington, Sergueï Kislyak, M. Trump s’était déjà lancé dans une sorte de surenchère en accusant, sans le moindre élément de preuve, son prédécesseur, Barack Obama, de l’avoir fait placer sur écoute. Il semble avoir récidivé dans la gestion du limogeage de M. Comey, plongeant Washington dans la plus grande confusion.

Par Gilles Paris (Washington, correspondant)

LE MONDE

radioteleolehaiti

RTOH est la radiotélédiffusion de la communauté haitienne émettant depuis Brooklyn, New-York(USA). C'est une innovation de la presse haitienne visant à apporter une nouvelle vision de notre société.

Skip to toolbar