10.000 professeurs absentéistes percoivent leur paiement

La commission Éducation de la Chambre des députés s’est entretenue ce vendredi 12 mai 2017 avec le Premier ministre Jack Guy Lafontant, le ministre de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle Pierre Josué Agénor Cadet et le ministre de l’Économie et des Finances Jude Alix Patrick Salomon des problèmes qui rongent le système éducatif haïtien. Les dernières grèves de professeurs et les manifestations d’élèves à travers les rues de diverses régions du pays étaient au centre des discussions, et des mesures sont annoncées en vue de résoudre les problèmes relatifs à la grève des enseignants.

Passer le système éducatif haïtien au peigne fin renvoie à des problèmes récurrents tels que : ceux des professeurs qui travaillent sans être nommés, ceux qui sont nommés et ne perçoivent aucun salaire, ceux qui sont nommés et payés dans le système en vrais absentéistes, ils abandonnent les salles de classe. Cette liste est depuis quelques années agrémentée du dossier du PSUGO et celui de 188 étudiants de l’Ecole normale supérieure qui, au gré d’un accord contraire aux nouveaux principes définis par l’Office de management et des ressources humaines, attendent le moment opportun pour intégrer l’administration publique.

Dans ce marasme, les chiffres justifient l’état de putréfaction du système. Selon Pierre Josué Agénor Cadet, près de 2 700 professeurs investissent quotidiennement les salles de classe avec une lettre de nomination sans être payés en contrepartie. Environ 3 000 travaillent sans aucun statut. Le ministère a aujourd’hui une dette de l’ordre de 3 milliards de gourdes envers des professeurs et des écoles privées qui ont eu la malchance de participer au Programme de scolarisation universelle gratuite et obligatoire.

Dans son lot de problèmes, Pierre Josué Agénor Cadet dévoile que sur les 24 000 professeurs que compte le système, 10 000 sont des absentéistes qui perçoivent leur salaire grâce au système de paiement effectué par virement bancaire, sans avoir à se présenter dans les établissements scolaires où ils sont nommés, pour un quelconque contrôle de présence.

Le cas de la ville de St-Marc en est une bonne illustration. Selon les chiffres du ministre, sur les 80 enseignants travaillant pour le compte de l’Etat, 75 sont déjà nommés par le ministère alors que les portes des écoles publiques sont restées fermées depuis le mois de janvier dernier faute de professeurs dans les salles de classe. A Jacmel aussi, le ministre souligne qu’il y a un total de 22 professeurs  nommés qui brillent par leur absence en salle de classe.

Face à ce fléau, le ministère de l’Éducation nationale a, au cours de l’année scolaire 2016-2017, procédé à la récupération de certains chèques. Déjà, un total de 10 millions de gourdes est récupéré selon le président de la commission Kétel Jean Philippe, qui encourage le ministre à continuer ce processus qui s’annonce très fructueux pour le système éducatif.

Devant ce fait accompli, le ministre de l’Économie et des Finances Jude Alix Patrick Salomon sort de ses gonds. Il va jusqu’à indexer la pratique de certains parlementaires et des hommes proches du pouvoir qui usent de leur influence pour favoriser l’intégration dans le système éducatif des gens non qualifiés. « Il nous faut poser les vrais problèmes. Qui d’entre vous, s’il va inscrire un enfant en classe de 6e année fondamentale, osera le faire accueillir en philo si la classe de 6e année est déjà trop comblée ? C’est de même pour le système éducatif ; arrêtons de proposer des gens qui ont essuyé l’échec dans leurs carrières professionnelles comme professeurs dans le système », lance le ministre avant de rappeler que même les partenaires internationaux sont découragés avec cette situation.

Préssuré par les députés, le ministre de l’Éducation nationale promet de répondre d’ici la semaine prochaine aux revendications des étudiants de l’École normale supérieure et celles des écoles publiques ayant pris part au PSUGO. Un total de 190 millions de gourdes est déjà identifié en ce sens, selon le ministre.

Stupéfait face à la réalité de l’éducation haïtienne, le chef du gouvernement qui, au début voyait « une main politique » derrière la grève des professeurs, a finalement résolu de trouver une solution. Il projette d’entrecouper la retraite du gouvernement ce week-end afin d’engager des discussions avec les ministres concernés pour parvenir à une solution définitive à tous les problèmes.

Sa quête de solution le portera aussi à rencontrer les syndicats lundi prochain puis les commissions Éducation des deux branches du Parlement le mardi suivant dans le cadre de ce qu’il appelle « un complot pour sauver le système éducatif. »

Samuel Céliné source le nouvelliste

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